Remplacer la Hygrekperf par une Smart #5. Pourquoi pas ? D’autant que la récente baisse des prix du SUV sino-germanique en fait un super rapport… qualité-prix. À condition d’accepter plusieurs défauts, dont certains qui peuvent, selon les personnes, s’avérer rédhibitoires. Et dix « bittoires », ça fait beaucoup.

Résumé rapide
Modèle d’essai : Smart #5 finition Pro+
Prix : se trouve à 42 k€ mais je mets un billet que vous le touchez moins cher en concession à cause de son impopularité.
Avantages : espace à bord, confort, finition, équipement et rapport qualité-prix.
Inconvénients : design, sensation de conduite trop molle, logiciel avec quelques bugs, sono bof dans cette finition.
On remplace la Hygrekperf ? Pas dans cette version, mais c’est à essayer car excellent rapport qualité-prix !
| Marque et modèle | Smart (50% Merco 50% Geely) |
| Version/finition | Pro + |
| Prix du modèle essayé | 45 600 € |
| Kilomètres parcourus | 654 |
| Consommation constatée | 18,2 kWh/100 km |
| Capacité de batterie | 100 kWh |
| Type de moteur | Électrique synchrone à aimants permanents |
| Puissance | 267 kW / 363 ch |
| Couple | 373 Nm |
| Volume du coffre | 630 L |
| Volume du frunk | 72 L |
| Dimensions (longueur, largeur, hauteur) en mm | 4 695 x 1 920 x 1 705 |
| Boîte de vitesses | Automatique à rapport unique |
| Transmission | Propulsion (roues arrière motrices) |
| Poids à vide | 2 260 kg |
| Accélération (0 à 100 km/h) | 6,5 s |
| Vitesse maximale | 200 km/h |
Moche ou clivante ?
Clivant, c’est le terme diplomate pour dire moche. Mais rien n’est vraiment moche. Il y a bien quelqu’un sur terre qui appréciera. Et dans le cas de cette Smart #5, ce sont trois anecdotes révélatrices.






La première est un gars qui m’a vu en train d’attendre dans la caisse et a levé le pouce. Il est venu à la fenêtre non pas pour me demander un euro, mais pour me féliciter. Je me sentais aussi méritant qu’un braqueur du Louvre. Lui avait un style, disons, à part : montre façon horloge diesel, pantacourt, gilet, claquette du daron qui a abandonné tout sex appeal et bob couleur éponge.
La seconde est un gars m’a interpellé dans les embouteillages sur le périph. J’ouvre la fenêtre et l’équivalent d’un Jason Momoa me demande si « elle est bien la voiture ? ». Je lui dis oui, niveau rapport Q/P, c’est bien. Mais presque tout le monde la trouve moche, dont 100 % des femmes. Il m’a répondu que c’était parfait, car il voulait l’acheter pour sa femme.
La troisième est une pépite : alors que je déposais ma femme à son boulot, trois de ses collègues (femmes) étaient dehors. Elles lui ont demandé si je roulais dans un prototype, car pour elles, la voiture n’était pas terminée. C’est moi que ça a terminé.
Dans les faits, c’est un GLB de Merco auquel on a greffé une calandre Jeep à l’avant et à l’arrière. Perso, il me fait penser aux Mangalores dans le 5ᵉ Élément.

Rien d’autre à ajouter si ce n’est beaucoup d’espace vitré à bord et que l’immense toit panoramique dispose d’une occultation électrique. Les enfants ont beaucoup apprécié et cela ne fait que renforcer ma thèse : si vous aimez vos enfants, achetez une voiture moche.
Un intérieur bien large, qu’on est bien dedans
L’espace à bord est énorme. Une personne de 1,93 m peut s’installer derrière une autre personne de 1,93 m. J’ai testé avec mon voisin de 1,93 m qui mesure 1,90 m. Mais il avait mis des Hoka de running avec leur grosse semelle, mais je me perds dans des détails inutiles.

Les enfants adorent forcément, car ils ont de la place mais surtout, sont loin de vous. Ce qui permet de moins les entendre. Il y a de la lumière, beaucoup. Les sièges sont bien dessinés, hyper moelleux. Ils manquent un peu de maintien et les appuie-têtes sont trop hauts pour les personnes de 1,57 m (taille de ma femme), mais idéaux pour un chauve de 1,80 m (qui est ma taille, car je mesure 1,80 m sans avoir à porter des baskets Hoka).

Ça change de la matière trop fine des sièges Tesla et de l’appui-tête intégré qui m’est totalement inconfortable.
Par contre, sur cette Smart #5, l’assise n’est pas assez haute à l’arrière. Les cuisses flottent dans l’air. C’est qu’il faut bien la caser cette batterie de 100 kWh… Comme le disait le grand-père allemand d’un camarade de classe au collège : on n’arien sans rien.
Côté finition, la Smart #5 est largement au-dessus de la Hygrekperf. Pas que pour les sièges : revêtements de porte, bouton, volant, tout est plus costaud, plus épais, plus agréable au toucher.






Bref, niveau confort, espace à bord, finition, la Smart #5 gagne haut la main face à une Tesla plutôt moyenne sur ce point.
Ah, et j’oubliais : les designers de Smart se sont retiré les doigts pour intégrer de manière un tant soit peu décente l’énorme écran central, ainsi que le compteur digitalement numérique (et inversement). C’est, je trouve, très réussi. Plutôt que de balancer une tablette à l’arrache au milieu. Putain, quand vous commandez des entrées au resto, on ne vous file pas le pot à l’arrache avec le pain à couper vous-même, non ? Ben voilà, Smart la joue traiteur. Bravo Smart !
Multimédia : peut mieux faire ou au moins mieux copier
Côté multimédia, cette version de prolétaire n’a pas d’écran passager. Mais le principal, central, fait déjà 13 pouces, soit autant qu’un écran de MacBook Air (pour vous donner une idée). Enfin, le MBA 13 pouces. Parce qu’il existe aussi en 15 pouces et on s’en fout totalement ici.


Le multimédia souffle le chaud et le très froid (selon comment vous réglez la clim dessus). Le chaud, c’est la caméra à 360° avec affichage par transparence de la voiture (ou non, mais vaut mieux avec). C’est propre et fluide. Plutôt que les 3 caméras Tesla (maintenant il y en a une, devant) avec des plans balancés à l’arrache comme des toasts au resto… (OK j’arrête).
Il y a aussi CarPlay et Android Auto sans fil. Cool, mais il y a des bugs et j’ai dû reconnecter mon tel au démarrage plusieurs fois. Rien de grave, ça prend 3 secondes, mais c’est fastidieux quand vous êtes pressé.

Le système (plutôt fluide mais loin de Tesla) offre moult applications sous forme d’icônes dignes de smartphones. C’est classique, pas fou et la majorité ne sert à rien. Il y a tout de même moyen de voir des films via une connexion à Prime ou Netflix. Ça fonctionne bien et pourra servir en cas d’attente. Mais pas d’attente pour la recharge, parce qu’avec le 800 V, vous la torchez en 20 minutes chrono. Ben ouais, pour 42 k€ (et encore, sans négo), Smart vous propose 100 kWh de capacité et une architecture 800 V. Si vous aimez voyager avec votre auto, c’est un banger, vraiment.






Je vous passe toutes les applications useless et les pseudo-jeux nuls (3 au total) à télécharger sur un store toujours aussi vide depuis notre essai de la #3 en 2024.
Truc gênant : le bouton de warning est tactile. Pas ouf.
Pour le reste, on arrive à trouver ce qu’on cherche. Bon point : vous pouvez paramétrer le bouton raccourci du volant pour l’assigner à la désactivation des aides à la conduite, mais… Il faudra 2 appuis sur l’écran pour valider ça (vraiment l’Europe, allez bien vous faire cuire le cul) et ça ne désactive pas la limite de vitesse (dommage).
Globalement, on s’y retrouve. Les logos AMD sous la planche de bord sont mignons, mais c’est encore loin, très loin de ce que propose Tesla, avec une sensation de non-fini globale, quand Tesla peaufine l’application du prout.
On termine par cette sono basique à 8 HP (contre une sono Sennheiser à 24 HP avec caisson pour les versions Premium et Brabus). Elle est correcte, sans plus : les graves sont trop baveux et les aigus souffrent d’une importante distorsion. Mais là encore, c’est de l’ordre du détail et ça conviendra à 99 % de la population.
Application Smartphone : quand ça fonctionne, c’est top
Bon point : Smart propose une application nommée Hello Smart. qui permet de le contrôle à distance de la charge, de la température intérieure. La géolocalisation et la clé numérique.



Cette dernière est capricieuse. Son but étant d’utiliser son smartphone pour ouvrir la voiture. Gratuite la première année, elle demande 99 euros par an à partir de la seconde. Mais Carplay et Android Auto restent évidemment gratuits.
Sur ça, Tesla est largement au-dessus.
Conduite autonome de niveau 2 : work Smart not Hard
Le centrage dans la voie est bon, la gestion de la vitesse aussi. Le freinage, lui, est un tantinet brutal, pas aidé par les suspensions en mousse. Ça manque de douceur, même au 3e cran de distance (le plus éloigné).
Mais le volant capacitif (bienvenu) et le système facile à appréhender (un bouton par commande) sont plutôt sécurisants.
Les démarrages sont variables : dans les bouchons, c’est contrôlé, car la voiture en face n’avance pas vite. Dans le trafic, quand ça se dégage, ça part un peu fort.
Sur ce point, la Smart #5 mange littéralement la Tesla Hygrekperf. Puis elle ne vous punit pas et surtout, ne coupe pas l’assistance sur un virage un poil serré.
Conduite tout court : c’est trop mou !
Niveau conduite, le châssis lutte avec les 2 260 kg. Les suspensions sont typées OnlyFans à l’américaine, c’est-à-dire molles et avec un sérieux effet de pompage. La caisse tangue à chaque accélération et chaque freinage. C’est l’antithèse des suspensions trop fermes de la Hygrekperf.
À l’intérieur, les effets de balancement d’avant en arrière (tangage) sont gênants pour les personnes qui ont le vomito facile, mais, en contrepartie, les lombaires apprécient les passages sur les dos d’âne, nids-de-poule et autres infrastructures aux noms animaliers.

Le freinage est puissant, mais la pédale est spongieuse. C’est délicat à doser. Le One Pedal existe, mais il faut régulièrement mettre un petit coup de frein final, sauf en conduite autonome. Les virages ne sont pas épargnés non plus, évidemment, mais le roulis est plus supportable.
Côté patate, RAS, ça envoie fort au démarrage comme sur la durée. La batterie faible n’y change rien et les 363 ch en propulsion font le job.
Niveau conduite, la Tesla est bien meilleure, même si trop ferme.

La Smart #5 garde toutefois pour elle une meilleure insonorisation. Ça compte pour les personnes sensibles à l’afflux de décibels.
Autonomie : c’est bien et pas bien, mais bien quand même parce que cette Smart #5 a une grosse batterie
Avec 100 kWh de capacité de batterie, la Smart #5 propose 387 km réels sur autoroute à 136 km/h. C’est très bien pour qui regarde la distance uniquement. Mais ça signifie environ 25 kWh/100 km de conso. C’est un peu beaucoup tout de même.
MAIS, compte tenu du prix, de la capacité, de la charge rapide (vous torchez le 10 %–80 % en 20 minutes sur une bonne borne), c’est bien.

En revanche, cette propulsion monomoteur s’est avérée plutôt raisonnable en ville. Un VRAI 18,2 kWh/100 km en moyenne sur 642 km.
J’ai même consommé 15,2 kWh/100 km pour la ramener sous 38°C. Un parcours sur lequel je suis à 13 kWh/100 km sur la Hygrekperf.

Pour moi, la Smart #5 gagne, pour la capacité plus importante, les 387 km sur autoroute et la charge rapide. Mais le manque d’efficience n’est pas idéal.
Planificateur d’itinéraire : vous avez bu Didier ?
Le planificateur d’itinéraire est chelou mais pas mauvais. Je m’explique. Le trajet proposé ne tient pas compte des recharges. Une fois qu’il est proposé, vous pouvez demander à ajouter les arrêts de recharges. Ils les ajoute avec une appréciation assez pessimiste de votre conso. Jusque là, tout va bien, d’autant que le système réajuste les arrêts selon votre consommation. Mais étrangement, les temps d’estimation des recharges sont anormalement longs.
Le planificateur propose des arrêtes parfois de 1h30, tandis que les bornes proposées sont capables de balancer 400 kW. Alors, est-ce que le système tient compte de la fréquentation et réajuste le temps d’arrêt ? (Jen ‘y crois pas) ou est-ce qu’il a simplement bu trop d’électrons ? Je ne saurais dire. De toutes façons, ABRP est dispo grâce à CarPlay et Android Auto. Mais face à Tesla, c’est nul.
Conclusion : pas pour cette version

Non, je ne troque pas la Hygrekperf pour cette Smart #5 en finition Pro+. J’avoue que le confort, la finition, l’espace à bord et l’insonorisation font envie.
Mais j’aime les suspensions fermes, plus de rigidité dans le châssis. C’est trop mou à mon goût. Ajoutez à cela un manque de finesse dans la conduite de façon générale : l’accélérateur qui a une course morte et une latence, le freinage spongieux (mais puissant) et vous obtenez un comportement digne d’une Américaine. Pas ma came, mais peut-être la vôtre. Car, comme indiqué au début, ce qui est rédhibitoire pour moi est peut-être une qualité pour vous.
C’est pour cela que je vous invite fortement à aller l’essayer en concession et à vous y intéresser. Pour qui cherche plus de confort, une meilleure finition, plus d’espace à bord, un toit occultant, un sous-coffre, un frunk, une charge rapide, plus de silence et plus d’autonomie (moyennant une conso plus élevée), c’est une très chouette alternative à Tesla et à d’autres propositions plus chères sans être aussi bien équipées.
Pour moi, la version Premium, mieux équipée et à peine plus chère (elle embarque une Pompe à Chaleur compatible Maire de Paris et le second écran passager, en plus des sièges ventillés) est un choix de taille pour qui celle de cette #5 ne rebute pas.


