Chez Hennessey, on aime bien faire sauter les bouchons de liège à coup de fusil à pompe. Si le préparateur texan s’est fait connaître en greffant des turbos gros comme des poubelles sur tout ce qui possède quatre roues, il a depuis longtemps quitté la cour des préparateurs pour jouer dans la catégorie des vrais constructeurs de supercars. Souvenez-vous, la sauvage Venom GT fête déjà ses 16 ans, et la démoniaque F5 souffle doucement ses six bougies. Il était donc grand temps pour les cow-boys de Detroit de nous sortir un nouveau jouet du chapeau. Voici la Hennessey Blackbird, un hommage sur roues au légendaire avion espion Lockheed SR-71, une perle rare ou plutôt un merle rare.
L’authentique V8 atmo et la boîte manuelle à grille apparente
À une époque où le moindre déplaçoire électrique frôle les trois tonnes et où la moindre supercar hybride embarque autant d’ordinateurs qu’un centre de la NASA, la Hennessey Blackbird fait l’effet d’une sacrée baffe dans le paysage automobile. Exit les turbos, oubliez les batteries lithium-ion : sous le capot arrière trône un pur V8 atmosphérique de 6,2 litres.
Développé en étroite collaboration avec les sorciers d’Ilmor Engineering, ce bloc d’exception affiche entre 588 et 625 kW (soit environ 800 à 850 chevaux) et hurle à plus de 9 000 tr/min. Et pour envoyer toute cette furie sur les seules roues arrière, Hennessey n’a pas cédé à la facilité des boîtes séquentielles à double embrayage : c’est une sublime boîte manuelle à six rapports avec une grille en aluminium apparent qui s’y colle ! Oui, vous avez bien lu, une vraie voiture de pilote à trois pédales.

Côté balance, la Hennessey Blackbird annonce un poids à sec sous la barre des 1 361 kg, soit plus léger qu’un Renault Captur Hybride. Pour réussir ce tour de force, la bête étrenne une toute nouvelle cellule 100 % carbone, habillée de panneaux de carrosserie eux aussi intégralement moulés dans la fibre noire. Posée sur des jantes forgées de 20 pouces chaussées Michelin Pilot Sport Cup 2 R, la bête plie le 0 à 100 km/h en un modeste 2,5 secondes. En pointe, elle accroche les 354 km/h. Bon, la McLaren F1 et ses 386,4 km/h gardent la couronne du V8/V12 atmo le plus rapide de l’histoire, mais entre nous, ça va quand même.
Un look de prototype et une praticité… inattendue !
Visuellement, le travail de style est un pur régal. La Hennessey Blackbird croise les lignes d’une Koenigsegg Jesko de face, le profil élancé d’une Pagani Huayra Codalunga et la poupe dramatique d’une Alfa Romeo 33 Stradale. Entre la prise d’air de toit, les montants arrière flottants, le diffuseur XXL et les rétroviseurs perchés sur les montants A, elle impose un charisme fou. Cerise sur le gâteau aérodynamique : à partir de 114 km/h, des volets situés au-dessus des quatre sorties d’échappement en losange se déploient à 71 degrés pour transformer la poupe en véritable aérofrein de chasseur à réaction.


Et contrairement à ce que sa ligne de prototype suggère, la Hennessey Blackbird sait se montrer presque fréquentable au quotidien ! En plus de compartiments à bagages situés à l’arrière, son coffre avant peut engloutir deux valises cabine grand format. Pratique pour partir en week-end à toute berzingue.
Pas d’écrans, du carbone et quatre porte-gobelets !
Bienvenue dans un cockpit où les smartphones n’ont pas droit de cité. À bord de la Hennessey Blackbird, c’est la diète numérique totale : pas le moindre écran tactile à l’horizon ! En face du pilote, cinq superbes cadrans analogiques à aiguilles trônent fièrement, articulés autour d’un compte-tours central gradué jusqu’à 10 000 tr/min.
Le levier de vitesses à grille apparente règne au milieu de la console, entouré de vrais boutons physiques et d’une molette rotative pour sélectionner les modes de conduite. Petit détail typiquement américain qui nous fait doucement rigoler : les ingénieurs ont réussi à caser pas moins de quatre porte-gobelets dans cet habitacle strictement biplace !
Au-dessus de votre tête, la console de pavillon héberge le bouton de démarrage et des interrupteurs d’inspiration aéronautique. Avant de faire rugir le V8, l’écran de bord (s’il y en avait un) afficherait l’expression mythique des pilotes de chasse : « turn and burn ». Par rapport à la Venom F5, la firme texane promet un confort en nette hausse grâce à une insonorisation retravaillée, une meilleure visibilité périphérique et une suspension adaptative prête à avaler le bitume froncé.

Il faudra toutefois faire preuve d’une sacrée patience (et d’un compte en banque particulièrement bien garni). La production de la Venom F5 s’achevant en 2028, les premiers exemplaires de la Hennessey Blackbird ne fouleront pas le bitume avant 2029. Seuls 71 chanceux à travers le monde pourront s’en offrir un exemplaire, facturé la bagatelle de 2,5 millions de dollars hors taxes. La bonne nouvelle ? Elle est homologuée à l’échelle mondiale avec tous ses airbags. Sortez les chéquiers !
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